La belle amour humaine / Lyonel Trouillot / Actes Sud, 2011



 La belle amour_2Lyonel Trouillot

Romancier et poète, intellectuel engagé, Lyonel Trouillot est né en 1956 dans la capitale haïtienne, Port au Prince, où il vit toujours. Il est aussi journaliste, et professeur de littérature française et créole à Port au Prince.

Son oeuvre est publiée chez Actes Sud, et son précédent roman, Yanvalou pour Charlie, a obtenu le prix Wepler 2009. Voir aussi cette page.

Le point de vue des éditeurs

A bord de la voiture de Thomas, son guide, une jeune occidentale, Anaïse, se dirige vers un petit village côtier d'Haïti où elle espère retrouver les traces d'un père qu'elle a à peine connu et éclaircir l'énigme aux allures de réglement de comptes qui fonde son roman familial.

Le caractère particulier de ce voyage encourage bientôt Thomas à prévenir la jeune femme qu'il lui faudra très probablement renoncer à une telle enquête pour faire l'expérience, dans ce village de pêcheurs dont il est lui-même issu, d'un véritable territoire de l'altérité où les lois sont amicales et flexibles, les morts joyeux, et où l'humaine condition se réinvente sans cesse face aux appétits féroces de ceux qui, à la manière du grand-père d'Anaïse et de son complice en exactions, le "colonel", -tous deux jadis mystérieusement disparus dans un incendie-, cherchent à s'octroyer un monde qui appartient à tous.

Extraits

"Quand viendra l'heure, posez vous la question qui compte : Ai-je fait un bon usage de ma présence au monde ? Si la réponse est non, ce sera trop tard, pour vous plaindre comme pour changer. Alors, n'attendez pas."

L'auteur nous livre là le fond de sa pensée. La plupart des hommes tournent autour de cette question, parfois formulée autrement. René Diatkine se demandait "ce qui justifie la survie de chacun", c'est une question vraiment centrale.

Dans le cas présent, il est difficile de supporter l'image de ces deux individus. On est loin du père idéal.

Dans l'extrait suivant l'auteur parle sous le masque du chauffeur de taxi :

"Les touristes, je les sens vite passer de l'étonnement à l'agacement quand je discute avec eux. Comme s'ils ne me pardonnaient pas mes deux années à la fac d'ethnologie. Oui, deux ans. Mais l'ethnologie, ça ne nourrit pas son homme. Je préfère faire le guide et exercer mon talent d'artiste clandestin." 

Commentaire

Un itinéraire surprenant, pour la demoiselle qui débarque un jour à Port au Prince. Elle ne trouvera pas de réponse à ses questions, mais à d'autres plus dérangeantes, par exemple "qui étaient vraiment ces deux hommes disparus" et "comment se ils comportaient avec les autres."

Mais elle aura découvert un accueil fait de simplicité, où chacun a sa place, même les disparus, même elle, et aura retrouvé la trace de sa mère et une certaine sérénité.

Pour le lecteur c'est un plaisir de découvrir un ton nouveau, doublement étranger malgré la francophonie, insulaire et noir, c'est stimulant d'envisager les touristes, que nous sommes plus ou moins, d'un point de vue autochtone...

Lire aussi :

La toile (qui n'est pas le web) , texte en ligne de Lyonel Trouillot.

Sur la toile, un article de "Jeune Afrique" donne un certain éclairage sur ce titre. Il dit aussi :

"Je ne peux pas abandonner l’espérance, l’espérance que nous atteindrons un jour cette belle amour humaine."

C'est un titre de combat, ce qui n'apparaît pas tout de suite au lecteur, désignant un avenir incertain où la parole de chacun aura le même poids, quelque soit la couleur de sa peau ...