Une belle canaille / W. Wilkie Collins /Libretto, Editions Phébus, 2004

A rogue's life, traduction Eric Chédaille

 

 

Wilkie Collins

W. Wilkie Collins

Né en 1824 et mort en 1889, inventeur du thriller contemporain, W. Wilkie Collins influença jusqu'à J. L. Borges.

L'enjeu s'en résumait selon lui à dire et à montrer ce qu'il était convenu de taire et de cacher : un principe que Collins utilisa largement pour montrer l'hypocrisie de la haute société victorienne.

C'est le premier auteur de romans policiers anglais, bien avant Sir Conan Doyle et Scherlock Holmes ou Agatha Christie.

Longtemps proche de Dickens, avec qui il publia de nombreux ouvrages, il eut des difficultés à prendre de la distance avec cette collaboration épuisante, lors de la publication de La dame en blanc.

Une belle canaille

Si Frank Softly se porte comme un charme, c'est bien car être malhonnête lui va parfaitement et qu'au grand jeu de la vie sociale les tricheurs triomphent effrontément. Qui aura déja vu un tel vaurien, sympathique et mal élevé, balancer si magistralement les vérités comme autant de gifles bien appliquées ?

Citation

 "J'ai été et suis toujours, et continuerai sans doute d'être une canaille; j'espère cependant n'être pas dépravé à en oublier le respect dû au rang."

Ainsi se présente, dès la première page, un jeune homme de bonne famille (ce qu'il décrit comme un handicap), personnage plutôt sympathique mais absolument dépourvu de sens moral et d'ardeur au travail.

Commentaire

Le titre est alléchant mais la lecture parfois un peu laborieuse. Plein de contrastes ici : cette "canaille" est d'abord un fils de bonne famille, nanti comme l'auteur d'une bonne éducation et de relations. Même si cette haute extraction est parfois un handicap, obligeant à vivre sur un grand pied, donc au dessus de ses moyens. Ce que la société reproche surtout à Frank, comme à son auteur, n'est pas tant son absence de sens moral moral que sa franchise.

Michel Le Bris, dans sa préface, voit en lui "le plus français des auteurs anglais", fasciné par le boulevard du crime, Vidocq, Balzac, cette "littérature française alors jugée en Angleterre indécente, scandaleuse, immorale". Dans cette société, ce qui choque n'est pas tant ce qu'on fait que ce qu'on dit.

La fin, présentée comme le summum du mauvais goût, apparaît bien anodine comparée à nos moeurs et à aux écarts des financiers ou des grands de ce monde. Le héros fait bien des écarts que la loi réprouve mais pas forcément la morale. Il se trouve ainsi embauché un peu malgré lui dans un groupe de faux-monnayeurs, mais surtout pour l'amour de sa belle.

Le plus croustillant, à mon sens, est dans l'avant propos de Mari et femme, où Collins prend ses distances avec la mode de son époque pour le sport, qui sévissait un peu partout en Europe :"Mens sana in corpore sano" en somme. Il y voit des possiblités de dérives extrêmement inquiétantes, ce qui, à la lumière d'évênements récents ne manque pas de sel (sacre de l'équipe championne sur les Champs Elysées, bagarres de supporters).

Voilà de quoi justifier notre intérêt. Si la prose est un peu désuète, le sujet est bien actuel, hélas. Cette critique impitoyable lui valut bien des ennuis, et sans doute sa fin prématurée.

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 Commentaire publié dans le cadre du mois Anglais