Les charmes de la vertu / Tom Murphy / Actes Sud, 1997

Traduction Guillemette Belleteste

The seduction of morality, Little, Brown & Co, Londres, 1994


 

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Le point de vue des éditeurs

Revenant d'Amérique pour assister aux obsèques de sa mère, la flamboyante et fantasque Vera O'Toole retrouve intactes les vieilles querelles familiales et doit affronter ceux qui veulent la déposséder de son héritage.

Entre la jeune femme - prostituée de haut vol en Amérique - et les gagne-petits bien pensants que sont ses frères et soeurs restés au pays, le conflit ne tarde pas à s'envenimer.

A travers ce portrait de femme dont le retour et les éclats bouleversent une communauté frileuse, repliée sur elle-même, Tom Murphy propose, entre tendresse et dérision, une étincelante variation sur un thème cher à la littérature Irlandaise : l'opposition entre une société figée pendant cinquante ans dans un nationalisme étriqué, dominée par l'église, et une évolution souvent représentée par l'émigré, "corps étranger", qui, de retour au pays, provoque des cataclysmes.

Sous la plume gaillarde de Tom Murphy, ce "noeud de vipères à l'irlandaise", servi par une construction dramatique accomplie, prend la surprenante dimension d'un divertissement capable de célébrer avec brio les noces de la compassion et de l'humour.

 

Tom Murphy 

est l'un des plus grands auteurs du théâtre irlandais contemporain. Publiée en France par Actes Sud - Papiers, son oeuvre dramatique est jouée dans le monde entier. Tom Murphy est membre de l'Académie des Lettres irlandaises etet vit à Dublin. Les charmes de la vertu est son premier roman.

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 Extraits

<< Est-ce qu'on a vraiment besoin des curés pour être sauvé ? lança le Grec, un des beaux-frères de Vera qui était juriste et couvert de diplômes.

- je ne vois pas très bien ce que tu veux dire par là, mon petit Henry, dit le père Billy.

- Allez, Billy, soyez franc, dit le Grec qui dominait l'assemblée de sa haute taille.

- Je n'ai pas beaucoup de temps - ce n'est pas comme d'autres !

Et le père Billy dut partir - dommage pour Vera, car toute l'attention, elle le savait, allait bientôt se reporter sur elle.

- Mais alors, si vous n'êtes pas dans l'hôtellerie, là-bas, qu'est-ce quevous faites ? ... / ...

- Je suis call-girl, dit Vera.

Les rires fusèrent. La petite sauterie funéraire s'animait enfin. On ne la croyait pas.

Elle s'expliqua. "Putain, prostituée, quoi." >>

 

Le deuxième extrait montre les réactions du prêtre à la confession intime de Vera. (vingt ans avant)

<< Le diable est une personne, leur révéla le père rédemptoriste. En général, une grande personne, un séducteur. Mais comme il est malin, il peut se cacher aussi bien sous les traits de n'importe quel gamin de dix ans et demi.>>

... / ...

Et après que Vera eût avoué que son petit ami était aussi son frère,

<< Oh Oh Oh ! Il eut un gémissement plaintif, caverneux, qu'on eût juré sorti des entrailles de la terre. Puis il déclara, peiné, "Certaines petites filles se sont déjà fait prendre au piège. Elles sont en enfer pour l'éternité, plongées toutes nues dans les flammes." >>

Inquiétant ce prêtre, et ambigu. Une écoute ni neutre ni bienveillante...

 

Commentaire

Irrésistiblement attiré par l'image de couverture (le bain au soir d'été de Felix Valloton, détail), et par le titre, je cédai à l'honnête proposition du bibliothécaire pour faire connaissance avec cet auteur, et ne le regrette pas. Servie par une traduction transparente, donc parfaite, c'est une chronique de retrouvailles dangereuses avec la famille et des combines sordides des "honnêtes gens".

A côté de ce groupe, qui tourne en rond dans une atmosphère étouffante, Vera incarne la générosité, sinon la vertu. C'est peut-être une facilité, l'auteur ne veut pas remettre en question les choix de son héroïne, mais nous montrer ce panier de crabes prêt à tout "pour quelques dollars", sournoisement, en essayant par exemple de faire interner Vera.

Un très bon moment. Ce roman, unique pour l'instant est une pépite: que faire une fois tournée la dernière page, sinon reprendre au début ?

 

N'hésitez pas, lisez le témoignage enthousiaste d'Isabelle Famchon, traductrice de la pièce "Bailegangaire ou la ville d'où le rire a disparu" ICI

Préférant d'autres jardins que les français, au hasard anglais, japonais, voire andalous, et en général les chemins qui ne mènent pas à Rome, je ne peux qu'être intéressé par sa démarche.