La trilogie de Troie / Tome 3 / La chute des Rois / David & Stella Gemmell / Bragelonne / 2007-2009



Troie3

La chute des Rois: de très bons moments, mais quel dommage !

Un grand roman, mais Gemmell prend des libertés avec le mythe: ainsi, pour tout le monde, "Le cheval de Troie" c'est la ruse des Grecs pour introduire les guerriers dans la cité assiégée. Ici, il s'agit simplement de l'élite de l'armée Troyenne, la cavalerie.

Dommage, l'épisode décrit par les anciens avait une autre d'allure.

De même, le duel entre Hector et Achille est complètement différent. Comme lecteur je me sens frustré, j'attendais le rappel du "tendon d'Achille", où Thétis a tenu son fils Achille tout bébé en le plongeant dans les eaux du Styx, lui assurant l'invulnérabilité.

Gemmell n'a pas voulu reprendre ce haut fait de la légende, et hélas le duel et son dénouement se vautrent dans le sordide, et cela me met en colère.

On retrouve tout de même certains hauts faits, comme le retour d'Ulysse à Ithaque, grimé en mendiant. Cet épisode est prétexte pour l'auteur à un de ses "dada", faisant intervenir tous les amis d'Ulysse pour l'aider, même ceux qui ne sont pas dans son camp.

Cette scène est belle mais hélàs bien moins que celle racontée par Homère, où le héros est seul à avoir la force de bander le grand arc, ce qui a quand même une autre classe !

En guise de conclusion

David Gemmell nous rend proches des héros, c'est passionnant, mais le prix à payer pour cette intimité est exhorbitant: ne pouvant nous élever jusqu'à eux, il les abaisse à notre niveau, et c'est bien triste de le voir banaliser une telle histoire.

Certes, le propos de Gemmell est de conter la ruine de l'âge d'or mais il va un peu vite en besogne en montrant les héros comme des hommes ordinaires, juste un peu plus forts ou courant un peu plus vite.

Sans doute ne peut-il en être autrement, si on admet que "aux yeux de son valet il n'est pas de grand homme", mais cette vision un peu trop moderne, mesquine et économique de l'histoire me laisse sur ma faim, et ce n'est pas la bouffée d'espoir finale qui pourrait me faire changer d'avis.

D'un autre côté, ses personnages, pour ne pas dire ses "héros" :-) ne se laissent pas aveugler par le destin, les dieux ou autres sirènes, ils sont conscients de la vanité de leur quête et de la catastrophe générale qui les attend. Ce qui fait d'eux autre chose que des victimes stupides, jouets de forces surhumaines. C'est un point de vue moderne, et c'est intéressant.

Oui, mais c'est dommage...

L'auteur a peut-être été dépassé par ce sujet exceptionnel. En outre, vaincu par la maladie, il n'a pu achever ce dernier opus, terminé par son épouse, et sa plume n'avait peut-être plus la même acuité.

Tout de même, ramener la guerre de Troie à un pillage pur et simple, quel dommage ! Car ça aussi c'est du pillage, et s'emparer d'une histoire plus que millénaire évite certes d'avoir affaire aux ayants droit, mais n'empêche pas de la respecter !

Je suis sévère, mais j'ai des circonstances atténuantes:

Il se trouve que j'avais eu l'occasion d'écouter, en voiture et sur France Culture, "Cassandre" pièce écrite du point de vue des femmes, moins fascinées que les hommes par les faits d'armes et un peu plus pragmatiques. La pièce décrivait les premières provocations, escarmouches verbales lors du banquet pour les noces d'Andromaque, puis la montée de l'angoisse, eh bien cette adaptation avait une toute autre allure...

Voir ICI,

ICI aussi !

Et encore ICI aussi !

Après tout, pourquoi ne pas lire Homère, Virgile pour l'Enéide, Sénèque pour Cassandre, et les autres grands auteurs ?

Attention Mode "c'était mieux avant" ON

Passer ainsi un texte à la moulinette revient à créer une génération d'ignorants sans mémoire (comment comprendre l'expression "tendon d'achille" si le récit est vidé de son sens), et dans ce cas, bien sûr, on peut craindre le pire: à quoi peut bien servir l'histoire, ou la légende, sinon à nous prévenir des erreurs passées ?

C'est la même différence qu'entre les contes, certes anciens, traditionnels, mais apportant quelque chose, et les dessins animés contemporains où l'histoire n'est plus qu'une répétition sans fin, sans espoir.

Mode "c'était mieux avant" OFF

PS: arrivé "par hasard" sur le site d'un élève du collège des Prés à Montigny, tout près d'ici, je ne résiste pas au plaisir de vous le faire partager: il est question de la pièce de Giraudoux, "La guerre de Troie" n'aura pas lieu, pièce éminemment moderne.

Celle de 14 annonçait vraiment la fin d'un monde, celle de 39 qui s'annonçait était de trop. Rappelons que la première de la pièce a eu lieu en 1935. Giraudoux était une de mes "découvertes" d'adolescent, avec Sartre, Beckett et quelques autres.

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