Le complot contre l'Amérique / Philip Roth / Gallimard, 2006 / Traduction Josée Kamoun

The plot against america / Philip Roth, 2004

 

Philip Roth

 est un écrivain américain né le 19 mars 1933 à Newark, dans la banlieue de New York. Il est le petit-fils d'immigrés juifs originaires de Galicie (région à l'ouest de l'Ukraine, à distinguer de la Galice espagnole).

Il a accédé à la célébrité internationale depuis la publication d'un recueil de nouvelles, "Goodbye Colombus" en 1960, et de son best-seller, le "Complexe de Portnoy" en 1969. Il est l'auteur de très nombreux ouvrages et a reçu d'innombrables prix et récompenses.

Il aime mêler sa biographie personnelle à la fiction dans ses romans, et une certaine dose de provocation.

Considéré par certains critiques comme l'un des quatre écrivains américains vivants les plus remarquables, il faisait partie du peloton des "Nobelisables" ces dernières années.

 

Philip Roth Complot contre l'amérique

 Quatrième de couverture

Lorsque le célèbre aviateur Charles Lindbergh battit le président Roosevelt aux élections présidentielles de 1940, la peur s'empara des juifs américains. Non seulement Lindbergh avait, dans un discours radiophonique à la nation, reproché aux juifs de pousser l'Amérique à entreprendre une guerre inutile avec l'Allemagne nazie, mais, en devenant le trente-troisième président des Etats-Unis, il s'empressa de signer un pacte de non-agression avec Hitler. Alors la terreur pénétra dans les foyers juifs, notamment dans ceus de la famille Roth. 

 

 Le complot contre l'Amérique

 Plus que la description des sympathisants de fascisme, ce sont les contradictions et les travers des juifs qui l'ont intéressé. Par exemple le héros qui porte son nom a une amitié complexe avec le garçon des voisins du dessous. Il lui vole discrètement des vêtements, ce qui crée un malaise chez le voisin incapable d'xpliquer la disparition de son pantalon ... Par la suite, celui-ci lui sauve la vie, mais dans des circonstances curieuses où la collection de timbres du héros disparaît...

 

Commentaire

Philip Roth un auteur majeur, mais ce volume est particulièrement déstabilisant: pour commencer le héros porte son nom, c'est un garçon de 7 ans au moment de la "bifurcation" dans la trame de l'histoire. Dérangeant parce que le discours est extrêmement détaillé ( au point d'être souvent lassant ) et que la description imite tellement bien la réalité qu'on s'y laisse prendre. Au point qu'il publie en annexe certains extraits de la chronologie réelle pour "le lecteur curieux de savoir où s'arrête l'histoire et où intervient l'imagination."

Il termine par un discours incroyable prononcé par Lindgergh le 11 septembre 1941 : "Qui sont les fauteurs de guerre ?" pour faire obstacle à la guerre.

Philip Roth adhère au consensus en vigueur chez de nombreux auteurs de Science Fiction, de la résistance au changement de l'histoire, une sorte de plasticité limitée. Ici, après le coup de théâtre d'une Amérique prenant le chemin de la dictature, les choses reprennent leur cours habituel après quelques années, parce que les acteurs n'ont pas changé. Le pacte de non-agression conclu par l'Allemagne nazie avec l'Amérique n'a pas plus de valeur que celui conclu avec la Russie, mais la volonté expansionniste du Japon conduit tout de même à Pearl Harbor et de toute façon à l'entrée en guerre.

Plaidoirie à charge aussi, dénonçant les pro-nazis de l'époque, isolationnistes et nationalistes au sein du mouvement "America First", qui rappelle étrangement le slogan "Deutschland Uber Alles" des nazis. Aux U.S.A. il s'agit surtout de Henry Ford et Lindbergh, même si le discours suggère vers la fin une hypothèse de manipulation dont Lindbergh aurait été la victime, liée à l'enlèvement de son fils en 1932. De toute façon, "Il n'a plus jamais été le même après, il ne croyait plus en l'homme".

En face, Roosevelt est le grand homme du roman, ainsi que quelques autres qui refusent la fatalité, dont La Guardia, sénateur puis illustre maire de New York.

Tout comme dans "Quelque chose de pourri au Royaume d'Angleterre", voila un discours solide, vraisemblable et argumenté, qui donne le vertige. Cette uchronie est aussi une mise en garde : soyez vigilants, la bête immonde n'est pas morte ...

Très bon ouvrage malgré les longueurs. Un plaidoyer pour la démocratie.