Les Trabucayres / Ludovic Massé / 1994, Llibres del Trabucaire

 

L Massé l'arbre des trabucaires

Ludovic Massé est né en 1900 à Evol, dans les Pyrénées Orientales. Son oeuvre abondante et engagée n'oublie jamais, sous la forme plaisante du roman, le côté documentaire, témoignant de la vie des gens simples.

Instituteur pendant 14 ans à Céret, il est déplacé d'office sous Pétain et  quitte l'enseignement pour se consacrer à la littérature. Après Chopinette dans le monde du Rugby, en 1924, plaquette comique inspirée de Rabelais, sortent plusieurs titres liés au deuil de la mort du père (lui-même instituteur) après une longue maladie en 1927; ce sont Le livre des bêtes familières, Fièvre au village chronique, Lam, la truite. L'auteur se cherche. En 1931 est publiée une nouvelle, Carnaval, prélude aux Versants de la douleur et enfin Le mas des Oubells, publié en 1933 chez Grasset.

Ici, détail sur l'arbre des trabucayres, chêne énorme, plusieurs fois centenaire, avec l'auteur, dans l'anfractuosité.

L_Masse_trabucayres

Parallèlement, Massé est correspondant à La Dépèche puis participe à la création du Cri Cérétan, et prend la parole le 14 juillet 1935 à Perpignan, au nom du Comité des Intellectuels Antifascistes. La flamme sauvage sort chez Grasset en 36, Lam, la truite chez Larousse en 37. En 1938, Grasset refuse Coeur battant, il rompt avec la maison d'édition, et termine Pip et la liberté.

Déplacé d'office à Perpignan en septembre 40, il la quitte précipitamment en 44 pour l'Ariège. Le rythme reste soutenu avec Le vin pur et Le livret de famille en 44, Le refus, Simon Roquère et Fumées de village en 45, La fleur de la jeunesse en 46. L'après guerre annonce des difficultés, les lecteurs ont envie de se changer les idées et sa littérature héroïque passe mal.

En 47, la deuxième version du Refus est refusée par les éditeurs mais Ombres sur les champs est publié en anglais. Période sombre: sa mère meurt en 1951, Louise, sa femme, tombe malade en 54, et meurt en 58. Heureusement, après 3 ans de silence, sortent La terre du liège en 53, Les trabucayres en 55, Contes en sabots en 59, et enfin Le refus en 62. C'est une période de vaches maigres, avec pour lui aussi, des problèmes de santé. Après Filigranes, Dubuffet de Z à A et Tolstoï, l'homme de la vérité, en 73, Massé nous quitte en 1982.

 

L Masse Les trabucayres

 Les Trabucayres : 4ème de couverture

Le drame est vrai d'un bout à l'autre, il a tenu plusieurs générations dans la peur et l'horreur, a donné lieu à un procès gigantesque, provoqué des centaines de récits, écrits et oraux, de légendes et de chansons.

Les Trabucayres, saisis sur les lieux même du drame, dans des éclairages puissants, sans concession aux lois du genre, traduisent un non-conformisme dont l'auteur ne s'est jamais départi et devraient incliner le lecteur à s'interroger encore une fois sur la condition humaine.

 

Commentaire
Après Le Mas des Oubells, dense et riche mais austère, je m'attendais à un parcours un peu laborieux, j'avais tort. Cette histoire de bandits de grand chemin se situe entre Gérone et Le Perthus, avec quelques épisodes à Perpignan et à Londres, en 1844. Ces trabucayres, jouant à la fois du tromblon (trabuc) et du couteau vivaient en détroussant les riches passagers de la diligence de Barcelone, gardant plusieurs d'entre eux en otages pour la rançon. 

Le contexte historique n'est pas banal, quelques années après une guerre civile (vers 1820) alors que subsistent des bandes de partisans, les Carlistes, dont se réclament nos brigands. Même un peu dégrossis, ce sont des brutes sans scrupules, mais avec une certaine idée de leur position: quand on est un bandit, on assume, jusqu'au bout. Partir c'est trahir.

Par ce côté bandit d'honneur, par la couleur locale et les personnages, on pense à Colomba de Prosper Mérimée, mais aussi à la bande à Bonnot.

Un grand livre, que je recommande chaleureusement.

 

Challenge_Régions

Commentaire publié dans le cadre du Challenge Vivent nos régions !