La chute des géants, Ken Follett, Robert laffont, 2010

 

Ken Follett La chute des géants 1Ken Follett

Je n'y peux rien, j'adore cet Anglais malgré son parti-pris anti Français. Nobody's perfect, comme disent justement les Anglais. Dans ce roman, il décrit la plupart des chefs militaires de l'époque comme incompétents et sanguinaires, ce en quoi il n'est pas le seul. Voir ou revoir par exemple les sentiers de la gloire de S. Kubrick.

Dans Le lion du Panshir, la saga Afghane du Commandant Massoud, le traître de l'histoire est un Français, et j'ai trouvé ça ... schocking ! Pourtant, ici, il n'est pas chauvin, il montre de part et d'autre (chez les Anglais et les Allemands) des aristocrates bornés, rigides, et d'autres plus réalistes, en général leurs enfants. L'Anglais French, responsable d'offensives catastrophiques dans la Somme correspond au général Nivelle du côté Français. Les Anglo-Saxons sont en vedette, les Français ont la portion congrue.

J'ai dit le mal que je pensais de lui, arriverai-je à dire tout le bien que j'en pense ? C'est un Anglais après tout, (pardon un Gallois) il est different, et ne recule pas devant un peu d'auto dérision : faisant discuter des socialistes sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, il les montre indignés par les colonialistes Allemands ou Français: "de quel droit veulent-ils diriger ces peuples ? Oui, mais nous alors, qui avons un empire immense ? Ah mais nous, nous sommes Britanniques..."

Au passage, les colonies françaises paraissent négligeables : presque toute l'Afrique du Nord ! Est-ce une façon de dénoncer l'arrogance de ses compatriotes ?

K Follett La chute des geants 2

 

La chute des géants

Une fresque gigantesque, et un de ces romans qu'on ne peut plus lâcher après quelques pages.

1048 pages en édition de poche, et pourtant trop court. L'action commence en 1911: est-ce le début du XXème siècle ou la fin du XIXème ? La fin d'un monde en tous cas. Cinq familles, deux Anglaises, une aristocratique et une prolétaire, une Allemande, une Russe et une Américaine, vont connaître des conflits de générations, en fonction de la politique et des évênements à venir.

Billy Williams, (Billy deux fois) se lève à 4 heures le jour de ses 13 ans: finie l'école, il faut descendre à la mine. Pour son premier jour, il a droit à une "initiation", ailleurs on parlerait de "bizutage" mais on n'emploie pas de gros mots dans ce petit bourg du Pays de Galles. Son père, "Da" est responsable syndical, sa soeur Ethel aura un parcours remarquable, parce qu'elle est quelqu'un d'exceptionnel. Les mines appartiennent, comme la terre, et quasiment les habitants, au comte Fitzherbert. Comme Ethel, Maud, soeur du comte, ne se satisfait pas du rôle de potiche que lui réserve sa position.

La famille est apparentée aux Von Ulrich. Le père, Otto, est un conservateur aussi borné que Fitz, et il est diplomate. Son fils Walter, beaucoup plus réaliste, est attaché militaire à l'ambassade Allemande à Londres. Gus Dewar, du fond de son "Buffalo" natal (sur le lac Erié, dans l'état de New York), s'intéresse lui aussi à la politique, dans l'entourage du Président Wilson.

On suit les débuts de Winston Churchill comme député puis ministre de la guerre, de Lénine et de Trostky et plus modestement de Grigori et Lev Petchkov à Saint Petersbourg puis à Moscou.

Le président Woodrow Wilson a une façon à lui de tenir compte de l'opinion publique, il faut l'utiliser, comme le vent pour pour un navigateur, sans la prendre de front.

La guerre déclarée, Billy s'engage et a un comportement remarquable, capable d'initiatives, il avance malgré sa peur et réalise des exploits sur le terrain, ce qui, joint à son franc-parler, lui vaudra des ennuis... En effet, alors que le commandement faisait mettre en rang les hommes une fois dans le "no man's land" entre les tranchées, faisant ainsi d'eux des cibles faciles pour les mitrailleuses allemandes, il adopte une stratégie efficace, parvient à détruire un nid de mitrailleuses puis à ramener son unité à l'abri une fois les munitions épuisées.

Cet exploit lui vaut d'être mis aux arrêts parce qu'il aurait dû défendre la position conquise jusqu'à la mort... Ken Follet rapelle en passant la tenue des Français, avec ses belles couleurs bleu horizon et rouge garance, qui faisait d'eux des cibles parfaites, allant plus loin dans l'absurdité et la bêtise des chefs.

De même, la conduite brillante et courageuse de Walter Von Ulrich ne lui vaudra aucune reconnaissance après guerre, une fois déclaré son mariage avec une anglaise.

L'auteur met en situation ses personnages avec art, puis il va faire croiser leurs chemins. Il réussit à nous montrer les enjeux de la guerre, ainsi le poids des emprunts contractés par les Anglais les contraignait à la victoire à tout prix, ou à la ruine... 

Ailleurs, il est passionnant de voir comment s'est joué le transfert de Lénine à travers l'Allemagne dans un wagon plombé, ou encore les évênements qui ont conduit à l'entrée en guerre des Etats Unis.

Donc, un très bon livre. Quel dommage de devoir attendre si longtemps les suivants ...