Roméo et Juliette / W. Shakespeare / Librio

 

William Shakespeare

Poète dramatique anglais, né le 23 avril 1564 à Stratford / Avon, mort le 23 avril 1616 dans la même ville, il nous a laissé une oeuvre immense qui fait toujours l'émerveillement d'un public innombrable.

 

Rmeo & Juliette

4ème de couverture

Leur amour est unique comme la nuit qui les unit après les serments. "Veux-tu donc partir ? demande Juliette à Roméo, le jour n'est pas proche encore : c'était le rossignol et non l'alouette dont la voix perçait ton oreille craintive..." Hélas, c'était bien l'alouette, messagère de l'aube !

Il faut vivre et partir - ou mourir et rester. cruel dilemme pour Roméo qui a tué le cousin de Juliette. A peine les amoureux ont-ils touché le paradis qu'ils sont obligés de se séparer.

Et s'il ne s'agissait que d'exil ! A Vérone, Capulet et Montague s'affrontent, ensanglantant la ville de leur vendetta. Juliette est Capulet : Roméo, Montague. Il ne faudra que quatre jours à cet amour pour naître, se consommer, mourir... et se perpétuer... Existe-t-il mythe plus vivace que celui des amants de Vérone?

La couverture reprend l'affiche du film de Zeffirelli avec Leonard Whiting et Olivia Hussey en 1968.

C'est toujours l'édition Librio au rapport qualité/prix imbattable; pour une fois qu'un chef d'oeuvre est vendu au prix d'un roman de gare, ne boudons pas notre plaisir. Traduction limpide d'Yves Bonnefoy.

 

Roméo et Juliette / Robert Laffont / Bouquins / Oeuvres Complètes, 1995

William Shakespeare / Complete Works / Oxford University Press, 1986

 

Elisabeth 1 Origines

Dès l'antiquité, on trouve des histoires d'amour tragiques. Deux familles se haïssent dans le mythe de Pyrame et Thisbé, relaté dans les Métamorphoses d'Ovide.

Dans l'Ephesiaca de Xénophon d'Ephese, au III ème siècle, on parle d'une potion créant un sommeil imitant la mort.

Au XIV ème siècle, Dante parle dans La Divine Comédie de deux familles rivales, les Capuleti de Crémone et les Montecchi de Vérone, mais sans histoire d'amour.

Portrait de la reine Elisabeth 1 ère.

En 1530, Luigi Da Porto publie Guiletta e Romeo, inspirée de Pyrame et Thisbé et aussi du Decameron de Boccace, qui comporte déja presque tous les éléments du drame, le nom des amants, leur sort à la fin, la rivalité de Capuleti et Montecchi, la ville de Vérone comme cadre de l'action. C'est la première version de l'histoire telle que nous la connaissons. Il y a même les personnages annexes correspondant à Mercutio, Thibalt, et Pâris.

En 1554, Matteo Bandello introduit la dépression de Roméo en début de pièce et les personnages de Benvolio et de la nourrice. En 1559, traduction en Français par Pierre Boiastuau, sur un mode moralisateur. En 1562, The tragical history of Romeus and Juliet en est une traduction fidèle par Arthur Brooke. Le public aime beaucoup les pièces inspirées des nouvelles Italiennes, et Shakespeare à son tour va puiser largement dans le répertoire Italien: Le marchand de Venise, Beaucoup de bruit pour rien, Tout est bien qui finit bien, et bien sûr La Mégère  apprivoisée.

Versions successives

L'action se passe à Vérone pendant la Renaissance. Shakespeare semble s'être inspiré à la fois de la version en vers de Brooke de 1562, de celle en prose de William Painter de 1582, et avoir puisé dans de nombreux contes Italiens. Il y aurait eu une "mauvaise" édition en 1597, dite Q1, (In-Quarto 1), plutôt issue de la mémoire des acteurs et donc pirate, et celle de 1599, dite Q2, version corrigée et plus proche du texte original.

Sh1623

La version "d'Oxford" essaye non pas de faire une synthèse ou une somme des différentes versions comme on le faisait jusqu'aux années 1980, mais de faire une étude critique du texte et repérer les erreurs. Elle essaye aussi de privilégier la scène, la rapidité. Marston, un éditeur du XVII ème disait: "Les comédies sont écrites pour être dites, non pour être lues. Souvenez-vous que ces choses ne prennent vie que quand on les joue."

Shakespeare, portrait pour une édition de 1623.

La notion de droit d'auteur n'existait pas avant 1700: le texte était possédé par une troupe, lui permettant d'en vivre, et, comme Shakespeare, l'auteur était souvent l'un d'entre eux. Très vite connu comme auteur mais guère comme acteur, il devait rester fidèle aux "Comédiens du Chambellan" qui reçurent en 1603 le privilège de se faire appeler  les "Comédiens du Roi".

Shakespeare a eu le privilège exceptionnel à l'époque de travailler toujours pour la même compagnie, et la meilleure, qu'il connaissait et appréciait.

La traduction a été effectué par V. Bourgy, mais la préparation et la présentation a été le fait d'une équipe d'universitaires, on a là un travail solide et documenté.

Le résultat est écrit en un Français qui n'est peut-être pas celui de tous les jours, mais où rien dans le choix des mots ne choque ou ne semble archaïque ou pédant. C'est l'avantage de la célébrité: il y a eu de nombreuses révisions du texte et de la traduction. On trouve, sans surprise, une version "Cambridge" du texte de Shakespeare, et aussi une version "famille", soigneusement expurgée de tout contenu choquant.

Il y a eu en France des réactions tout aussi pudibondes, voire hostiles, et des traductions remarquables, comme celle de François Victor Hugo, qui a mon sens devrait s'effacer pour se mettre au service du texte.

On reprochait à Shakespeare sa verdeur, sa crudité, mais aussi la coexistence prose / vers, alors qu'il s'agit simplement de différencier les nobles, s'exprimant en vers, du peuple, s'exprimant en prose. Bien sûr cette règle pouvait être parfois délicate à utiliser, par exemple lorsqu'il s'agit de lire un billet sur la scène...

 

Roméo et Juliette

J'ai voulu comparer avec l'édition bilingue de la collection "Bouquins". Il y a presque trop de matière. En effet, il est bien agréable de pouvoir comparer avec le texte de référence, qui est loin d'être illisible ou archaïque, mais surtout il y a énormément de renseignements dans les notes, les commentaires précédant chaque pièce, le contexte historique, les différentes versions du texte, le problème de la traduction.

On mesure à quel point Shakespeare est actuel, universel.

S'attachant à trouver un bon côté à chacun des personnages, même les plus effrayants, il les défend et exprime leur point de vue. Dans Roméo et Juliette il est sans doute le premier à exalter la beauté de l'amour des jeunes au lieu de les condamner au nom de la morale.

Il est curieux de noter que le personnage qui les comprend et les aide le plus est Frère Laurent. On pouvait craindre plus de sévérité de la part d'un confesseur. Il a un rôle assez ambigu, manipulateur, même si c'est pour la bonne cause: il voit en effet dans ce jeune couple la possibilité de réconcilier les deux familles.

C'est encore lui qui tire la morale de l'histoire (V, 3), il n'épargne pas les deux pères qui dans leur aveuglement ont rendu inévitable le dénouement tragique.

A moins que ce ne soit le destin ? C'est une des questions qui peuvent se poser ici, tant il semble y avoir d'acharnement à assurer la perte de ces deux victimes qui, quoi qu'elles fassent, s'avancent vers leur perte.

402px-DickseeRomeoandJuliet Tout y passe, depuis la hâte de Capulet à conclure ce mariage au plus vite jusqu'à une épidémie de peste bloquant le messager, en passant par la trahison de la nourrice de Juliette qui la laisse bien seule. Dès qu'ils se sont déclarés l'un à l'autre, tout va de plus en plus vite pour faire monter la tension dramatique, et une éraflure, une simple blessure devient mortelle.

Si les deux familles sont également condamnables à entretenir indéfiniment une vendetta sanglante qui lasse Vérone et exaspère le prince, figure paternelle protectrice, il faut accorder une mention spéciale aux cousins de Juliette pour leur agressivité et leur constance à chercher l'affrontement.

Dès la première scène, on est fixé. Les jeunes du clan Capulet occupent le pavé et s'efforcent de provoquer les Montaigu par des prétextes dérisoires, en leur "faisant la nique". Et ça marche... On se rend compte à quel point le mot a évolué en devenant un verbe dans les "cités"... avec des conséquences comparables finalement. (I, 1)

Etude sociale, encore plus quand Shakespeare détaille les rapports intra-familiaux. Ainsi le père Capulet a vite fait de décider le destin de Juliette, elle va épouser le prince car c'est un beau parti. Il ne doute pas d'obtenir son consentement, en fait il n'imagine pas une seconde qu'il  puisse en être autrement.

Juliette lui appartient, il la donne au Prince, même si elle n'a pas encore 14 ans. Il faut voir sa réaction quand elle refuse, elle peut crever, ce n'est plus sa fille... Notez le changement rapide de registre.

La critique est dure, mais il en faut pour tous les publics, qu'il faut détendre par des jeux de mots ou des allusions plus ou moins sexuellement explicites, car il n'y a pas de censure en Angleterre à l'époque.

 

Sh Tragedies 1 Extrait 1 ( III, 5):

Assez de vos " merci ", assez de vos " flattée " !

Harnachez, pour jeudi qui vient, vos abattis

Pour  me suivre Paris à l'église Saint-Pierre;

Sinon moi, je t'y traîne comme à l'échafaud.

Va donc, épouvantail ! Pimbêche que tu es !

 

Extrait 2 ( III, 5):

Si vous êtes à moi, j'entends bien vous donner

A mon ami. Sinon, pends-toi, mendie ou crève

Dans la rue. Sur mon âme, je ne te connais plus.

 

Extrait 3 ( I, 5):

C'est le duo magique, où les deux amants, sans se connaître, se retrouvent à l'unisson

R: (à J, lui touchant la main)

Si cette main profane une châsse divine,

Ma lèvre, que rougit la honte du péché,

Se prépare à venir, dévote pélerine,

Pour effacer l'affront de ce rude toucher

J: Bon pélerin, je trouve injuste votre bouche

Pour votre main, qui fait hommage coutumier :

Les saintes ont des mains que tout pélerin touche

Et paume contre paume est baiser de paumier.

R: Le paumier n'a t'il pas de lèvres, et la sainte ?

J: Des lèvres, pélerin, pour prier nuit et jour

R: Ah ! Les miennes envient à nos mains leur étreinte

Elles te prient... Exauce ! Ou bien le ciel est sourd !

J: Même exauçant un voeu les saints restent de pierre.

R: Reste ainsi, que je goûte au fruit de ma prière.

(Il lui donne un baiser.)

 

 En dehors du théâtre

Cette pièce a inspiré d'innombrables pièces de théâtre, opéras, comédies musicales, adaptations au cinéma.

Outre le film de Zeffirelli en 1968 ( après une somptueuse adaptation de La Mégère  Apprivoisée avec Liz Taylor et Richard Burton en 67 ), impossible de ne pas évoquer la célèbre comédie musicale West Side Story en 1957, portée à l'écran en 1961 par Jerome Robbins et Robert Wise, avec la musique de Leonard Bernstein.

Ce film est passé pendant six ans en exclusivité au "Georges V" près de l'étoile, sur les Champs Elysées.

Ces deux dernières versions "américanisées" ont aussi une fin plus optimiste.

 

En guise de conclusion provisoire

On n'aborde pas un chef d'oeuvre sans une certaine appréhension...

Il y aurait encore tant à dire, sur la créativité de Shakespeare concernant le langage, les néologismes, dont certains font partie du patrimoine culturel, à tel point que l'on pouvait s'étonner, en sortant d'une représentation, qu'il y ait eu autant de citations: or c'est simplement l'anglais qui citait Shakespeare.

On n'en finirait pas de rechercher les métaphores, les figures de style passées dans le langage courant, il est banal d'entendre déclarer: "Je serai ta Juliette, tu seras mon Roméo..."

Si ce n'est pas la gloire, ça y ressemble bougrement !

 

 

S_challenge

 Texte présenté dans le cadre du "Challenge Shakespeare"