L'homme de Saint Petersbourg / Ken Follet / Le Livre de Poche, 1982


Ken Follet

Ken_FollettIl nous prépare une trilogie planétaire dont le premier volume est annoncé pour la rentrée: La chute des géants.

Ken Follet est un écrivain Britannique, mais Gallois, nuance, né le 5 juin 1949 à Cardiff, qui est devenu rapidement, après quelques années de journalisme, un auteur à succès dans le domaine du thriller et du roman historique.Il fait partie d'un orchestre de Jazz et annonce cela en disant qu'il est "important pour un homme de faire quelque chose assez mal", ce qui montre que les Gallois ne sont pas étrangers à l'humour anglais... et qu'il a conscience de ses qualités d'écrivain.

Il a publié 17 titres à succès, entre "L'arme à l'oeil", thriller d'espionnage haletant en 1980, et "Un monde sans fin" en 2007.

Quatre de ses romans ont été numéros un à la liste des Best sellers du New York Times:

"Le Code Rebecca", En 1942, l'Africakorps du général Rommel vient d'investir Tobrouk. À son tour, l'Égypte est menacée par les Nazis qui disposent au Caire d'une "taupe" chargée de les renseigner sur les défenses britanniques. Cet espion allemand, Alex Wolff, caché chez Sonja El-Aram, une danseuse égyptienne devenue sa maîtresse, adresse quotidiennement des messages par radio à Rommel en utilisant un code secret contenu dans un exemplaire de Rebecca, le roman de Daphné du Maurier...,

"Triangle"  7 mai 1977 : un article paru dans le Daily Telegraph soupçonne Israël de s'être emparé d'un navire chargé de 200 tonnes d'uranium... S'inspirant de cette information authentique, Ken Follett a imaginé dans "Triangle" une aventure passionnante : en 1968, les services secrets israéliens apprennent que l'Egypte est sur le point de posséder la bombe atomique, ce qui serait à coup sûr la fin d'Israël. Il faut donc se procurer de l'uranium...  

"Les Lions du Panshir" : Jane, jeune étudiante anglaise qui vit à Paris, découvre que l'homme de sa vie, un Américain du nom d'Ellis, n'est pas le poète sans le sou qu'il prétend être, mais un agent de la C.I.A. Par dépit, elle épouse Jean-Pierre, un jeune médecin idéaliste comme elle, qui l'emmène en Afghanistan. Ils vivent là en soignant les résistants dans la Vallée des Lions, au coeur du Panshir. Mais Jean-Pierre n'est pas le médecin dévoué que l'on croit. Le cauchemar commence alors pour Jane...

"Un Monde sans fin", fresque Moyen-âgeuse montrant l'arrivée du changement dans une petite bourgade en proie, en plus des fléaux habituels, ignorance, aveuglement, égoïsme, à un épisode de peste noire. Comme souvent dans ses livres, ce sont les femmes qui montrent l'esprit d'entreprise et ici redécouvrent les secrets des teintures, jusque là inaccessibles car fort chères. Mais nouveauté veut dire pour certains magie et intevention du diable...

Cette fresque magnifique est une suite à un autre chef d'oeuvre, "Les Piliers de le Terre", au temps des Bâtisseurs de Cathédrales. Il faut absolument avoir lu au moins ces deux titres.

L'homme Saint-Petersbourg

L'intro de l'éditeur

A la veille de la Première Guerre mondiale, un envoyé du Tsar, le prince Orlov, arrive à Londres avec pour mission de renforcer l'alliance entre la Russie et le Royaume-Uni.
En même temps que lui débarque dans la capitale anglaise un redoutable anarchiste échappé du fond de la Sibérie... Dans le duel qui va opposer ces deux hommes, de grands personnages sont en cause, dont un certain Winston Churchill, pour l'heure Premier Lord de l'Amirauté, et la très belle Charlotte Walden, idéaliste et volontaire, fille de l'homme qui porte sur ses épaules le destin de l'Empire britannique.
Passions romantiques et suspense implacable, dans les derniers feux d'une Europe au bord du gouffre : maître incontesté du thriller d'espionnage, l'auteur du Code Rebecca nous offre ici un enivrant cocktail romanesque.

Ce que j'en pense

KF_HStPetersbourgRoman historique, il offre le plaisir de voir évoluer un Winston Churchill jeune, à l'été 1914, dans les semaines qui précèdent le déclenchement du conflit. Roman bien construit, intéressant par la description de milieux post-victoriens très contrastés, entre l'aisance aristocratique de Lord Walden et la jungle des rues où tout peut arriver.

Roman bien construit, le suspense ne vous lâche pas et les multiples surprises fonctionnent. Ceci contraste singulièrement avec le manque de densité des personnages, surtout féminins, fait d'autant plus surprenant que les femmes et leurs efforts d'émancipation ont visiblement la sympathie de l'auteur.

En effet, les personnages masculins montrent une perspicacité impressionnante pour les évênements à venir:

Ainsi, Churchill annonce nettement à Lord Walden, en fonction de mouvements de fonds importants amenant l'Allemagne à stocker or et liquidités, que celle-ci se prépare à la guerre, et que l'Angleterre et la France ne pourront pas la gagner seules.

Le but est clair, il s'agit dès lors de préparer un deuxième front en faisant alliance avec la Russie tsariste.

Le sentiment de ces deux personnages d'appartenir au même monde n'empêche pas quelques coups de patte de temps à autres, car si Chuchill est libéral, Walden est conservateur, ne mélangeons pas tout!

D'où le dialogue suivant:

W: Mais pouvons-nous gagner?

Ch: Je ne le pense pas.

W: Bonté divine, qu'à fait votre gouvernement?

Ch: Notre politique a consisté à éviter la guerre; il est impossible de s'en tenir à ce principe et de réussir à s'armer jusqu'aux dents dans le même temps.

W: Mais vous n'avez pas réussi à éviter la guerre.

Ch: Nous essayons encore.

W: Mais vous pensez que vous échouerez.

Ch: Oui.

W: Alors, qu'arrivera-t-il ?

Ch: Si l'Angleterre et la France ensemble ne parviennent pas à vaincre l'Allemagne, alors il nous faudra un autre allié, un troisième pays de notre côté...

Dialogue savoureux, qui pourrait très bien se tenir en 1939, pour les mêmes raisons, ou bien même aujourd'hui, tant c'est une habitude bien prise d'imputer aux gouvernements précédents la responsabilité des ennuis présents.

Par contre, les personnages féminins, du moins ceux de la haute société, paraissent curieusement godiches, même dans leurs efforts de compréhension du monde réel. Cela ne peut pas être l'effet du hasard, je pense plutôt que l'auteur nous démontre que l'éducation telle qu'elle est pratiquée dans les bonnes familles rend les gens stupides et les prive des éléments nécessaires pour s'orienter dans le monde réel.

Quoiqu'il en soit, un très bon roman, une écriture nerveuse, quasi cinématographique, comme à peu près tous ceux de Ken Follet que je recommande sans réserves. Son parcours de journaliste se révèle précieux car il pose le décor, campe les personnages ou les resitue s'ils ont évolué dans un autre ouvrage, ce qui est très plaisant, car on ne risque pas de se perdre dans une histoire à personnages multiples; mais, pour éviter que la fin soit trop prévisible, il ne lui reste plus qu'à multiplier les rebondissements, ce qui en soi n'est pas désagréable.