La servante écarlate / Margaret Atwood / Pavillons

Née en 1938 à Ottawa, Canada, Margaret Atwood écrit dès l'âge de 16 ans et publie de nombreux ouvrages, romans, nouvelles, essais. Romancière, poétesse et critique littéraire, elle est l'une des écrivaines Canadiennes les plus connues, recueillant en 2000 le "Booker Prize" pour son roman "The blind assassin".
Auteure de littérature générale, elle ne dédaigne pas un peu d'anticipation, mais n'est connue en France qu'à la fin des années 70.
C'est un auteur engagé: féministe, elle ne craint pas de pourfendre les intégrismes religieux qui menacent de baillonner nos démocraties occidentales. Cela lui a valu une polémique tardive: un parent d'élève lui reprochant en 2009 à "La servante écarlate" d'être violent, dépravé et à la fois anti chrétien et anti islamiste.

De même, lors des élections fédérales au Canada en 2008, elle prend parti pour le parti indépendantiste québecois.

servante_ecarlate_bLa servante écarlate (The handmaid's tale, 1985), La servante écarlate, R Laffont, 1987.

Prix Artur Clarke en 1987, ce roman pourrait prendre place à côté de "1984" de Goerges Orwell ou du"Meilleur des mondes" de Aldous Huxley.

Defred, la servante, vit vêtue de rouge dans la république de Gilead, qui n'a de République que le nom, fondée par des fanatiques religieux, où elle n'a littéralement droit à rien, même pas de porter son propre nom, toutes les servantes s'appellent "de...", et defred voulant dire "qui appartient à Fred", comme la précédente ou la suivante, pour servir de reproductrice, de matrice.

Commentaire

Comme dit un critique, les amateurs de sabre-laser et autres gadgets supra-luminiques ont intérêt à passer leur chemin... et je me demande si je n'aurais pas dû suivre ce conseil, tellement l'univers évoqué est accablant, bloqué, gris et sans espoir.

La description de cet univers fermé, carcéral, est impitoyable. Il n'y a pas d'issue, les "dialogues" réduits à leur plus simple expression, même les tentatives de suicides sont prévenues, c'est un univers de solitude, de non-dit. Par contre la répression des fautes réelles ou supposées est féroce et perverse. On pense à l'inquisition, au stalinisme et bien sûr aux nazis et à leur façon d'impliquer les gens dans leurs sales besognes. C'est étouffant.

Certes, ce livre ne laisse pas indifférend, ni indemne, certes il pose avec courage des questions essentielles, mais on en sort épuisé, voire soulagé d'en avoir terminé. De quoi trouver divertissant un ouvrage comme "Une journée d'Ivan Denissovitch" ou "Le pavillon des cancéreux" du même Soljenitsine...

A lire en connaissance de cause, donc.

Post Scriptum: Il faut aller un peu plus loin dans le commentaire. Lire ce livre, pour un homme, c'est prendre un sacré coup de poing dans la figure. Pas étonnant qu'il y ait un malaise: on voit rarement décrits les rapports entre sexes comme aussi violents, rarement une remise en cause aussi radicale:

d'une part, la violence subie: alors c'est ça pour les femmes? Dans la "Servante Ecarlate" l'héroïne fait clairement référence à la "méthode" de la Reine Victoria: "fermer les yeux, penser à l'Angleterre..." Personne n'en sort grandi.

d'autre part, la violence induite: rien de tel de tel qu'on bon défoulement collectif sur un bouc émissaire pour faire tomber la tension...

Faute de mieux, je considère cet ouvrage comme l'expression d'un féminisme militant.

Defi_SFLu dans le cadre du Défi Science Fiction / Crazy, catégorie Post Apocalyptique (enfin, je crois)