Tartuffe au Château Royal / Comédie du Boramar  ici


Tartuffe
Une belle soirée , plutôt fraîche et venteuse, où les comédiens ont eu beaucoup de mérite à assurer la représentation malgré les coups de vents dans la grande cour du Château Royal et les nuages menaçants. La représentation en plein air donne forcément une certaine solennité à la pièce, jouée ici d'un seul tenant, avec des effets visuels sur les murs pour nous faire rêver un peu entre chaque acte.

Les personnages principaux sont superbes:

Delphine Jeanne en Dorine est étincelante et pleine d'une énergie oblative inépuisable, s'est fixé pour but de raccomoder le couple chancelant des jeunes fiancés, empêtrés dans leurs doutes et leurs réactions d'amour-propre
François Manuelian en Tartuffe se révèle progressivement en crapule rouée et dépourvue de scrupules; je rếvais de voir Fabrice Lucchini dans ce rôle... l'acteur avait un peu sa stature hier soir
Orgon est vraiment parfait en âne bâté, il ne réagit même pas alors que sa femme est sur le point d'être prise par l'abominable Tartuffe à quelques centimètres de lui
Christelle Jacquaz en Elmire est un peu jeune et frêle (elle semble avoir le même âge que sa belle fille, ce qui aurait dû être caché par le maquillage) mais compense par son énergie et sa présence
les deux amoureux, Pauline Caupenne en Marianne et Alexandre Goldinchtein en Damis, très bien,
Enfin Marie Le Guennic en madame Pernelle, tout en voiles, a une présence fantomatique, une méchanceté et une voix inquiétantes

Le parti pris de "réalisme poussé" est le même que dans "Don Giovanni" à Avignon, ici la scène de séduction Tartuffe-Elmire est très appuyée, mais l'ensemble est plutôt retenu, maîtrisé, pas trop de pitreries ou d'acrobaties, on défend fidèlement la pièce qui apparaît toujours aussi moderne voire actuelle.

 

Nous avions déjà pu apprécier la troupe dans:

Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été en 2006:  ici

Molière, Les fourberies de Scapin en 2007:  ici
 

Une belle soirée.