Chroniques Martiennes / Ray Bradbury / Ed Américaine, 1950, Ed Française chez Denoël 1954, Coll Présence du Futur

Ray Bradbury est un auteur américain de romans d'anticipation. Né en 1920 dans l'illinois, il commence à publier des nouvelles dans les fanzines dès 18 ans, et il est rémunéré pour la première fois à 21 ans.

Il est devenu l'un des trois ou quatre écrivains majeurs du genre au XX ème siècle, mais son activité s'étend à d'autres domaines, poésie, théâtre, romans divers, et adaptations à l'écran, notamment celle de "Moby Dick" de John Huston en 56 avec Gregory Peck et Orson Welles. Ses deux titres les plus connus ont été adaptés à l'écran, Fahrenheit 451 par François Truffaut en 66, les Chroniques Martiennes à la TV en 80. A noter, entre autres, une participation à "Twilight Zone" en 62 et à "Alfred Hitchcock présente" de 56 à 59.

C'est donc un personnage incontournable, une star, comme l'atteste son empreinte dans le ciment sur Hollywood boulevard.

Les Chroniques Martiennes

chroniques_martiennes2Voici la couverture standard de la collection dans les années 60-70.

Il y a eu une première publication en France en 1954, chez Denoël, traduction Henri Robillot, et une réédition en 97, avec une couverture nouvelle, quelques additions et remises à jour du texte, et une traduction revue par Jacques Chambon.

C'est un recueil de nouvelles, organisé pour être présenté comme un roman, (il y a quelques discordances chronologiques) mais selon l'auteur, ce n'est pas de la SF à proprement parler:

« Avant tout, je n'écris pas de science-fiction. J'ai écrit seulement un livre de science-fiction et c'est Fahrenheit 451, basé sur la réalité. La science-fiction est une description de la réalité. Le Fantastique est une description de l'irréel. Donc les Chroniques martiennes ne sont pas de la science-fiction, c'est du fantastique.»

En effet, on chercherait en vain ici théories pseudo scientifiques ou descriptions techniques. Ce qui intéresse Bradbury c'est la description de l'humain et des rapports sociaux. On peut aussi trouver qu'il joue un peu sur les mots, ou plutôt ne veut pas être enfermé dans un genre un peu marginal. Il a exprimé à maintes reprises sa préoccupation quant à l'évolution spirituelle de l'humanité, par opposition à la mécanisation à outrance qui ne peut mener qu'au désastre.

C'est une position assez répandue parmi ceux qui se sont intéressés à l'histoire de l'atome: tout se passe comme ceux qui y participaient de près ou de loin étaient devenus comme possédés, incapables de toute réflexion sensée.

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Les Chroniques montrent l'affrontement sans merci de deux civilisations radicalement opposées dans leur conception de l'univers, affrontement qui va se solder par la disparition pure et simple de l'une, et le triomphe provisoire de l'autre. Le modèle est l'invasion de l'Amérique par les Européens hispaniques puis Anglo-saxons.

Le coeur du sujet de Bradbury, c'est société "WASP", White Anlo Saxon Protestant, et sa recherche effrénée de pouvoir et d'argent.

Voici la couverture en édition de poche, chez Folio:

Quelques nouvelles au hasard dans ce recueil d'une richesse inouïe:

Les hommes de la terre, où l'équipage, qui aurait aimé, sinon des acclamations, du moins qu'on  reconnaisse l'effort d'avoir franchi 100 millions de kilomètres, se retrouve face à l'indifférence, et finalement... à l'asile! (cette nouvelle se trouve dans la fiche de lecture pour les ados de 3 ème et 4 ème)

Le matin vert, où le personnage de Benjamin Driscoll se charge de planter des arbres en plantant des milliers de graines partout où il passe, pour améliorer l'air, lutter contre le vent, et fournir un terrain de jeux aux enfants. Tout comme "L'homme qui plantait des arbres", nouvelle de Jean Giono parue en 53: le livre raconte la vie d'Elizard Bouffier, un vieux berger qui fait revivre une région aride, en provence où il se promène un peu partout avec des glands, et plante des chênes.

Usher II, hommage rendu à Edgar Poe, et clin d'oeil à son "Fahrenheit 451" et aux autodafé. Là, c'est l'arrivée, après les colons, des fonctionnaires et des règlements tatillons. Mais certains n'en veulent pas...

Pique-nique pour un million d'années, où la famille qui est revenue sur Mars après le départ des colons rentrés sur terre pour la guerre qui se prépare, découvre les derniers martiens en regardant leur reflet dans l'eau du canal. La mélancolie, courant tout au long de l'ouvrage atteint là un sommet. Difficile de ne pas être ému par cette dernière nouvelle.

Mon avis:

Un ouvrage très agréable à lire, à la fois ironique et mélancolique, servi par une traduction impeccable, "transparente". Il faut avoir lu ce recueil qui porte à la réflexion sans une seconde d'ennui.

Quelques critiques:

Article de Gerard Klein 
(première parution dans Fiction 33, en août 56)

Citation Labrot:

"Les chroniques offrent une lecture jubilatoire, d'une richesse inouïe. Elles montrent, s'il en était encore besoin, que la science-fiction peut aisément se hisser au niveau des plus grandes oeuvres littéraires, et que sa place (encore trop rare) dans les programmes d'enseignement des écoles et universités est tout à fait justifiée..."