Trop tôt pour mourir / Tom Godwin / Fiction Juin 1967

J'en demande par avance pardon aux lecteurs mais il sera sans doute difficile de trouver cette nouvelle. Peut-être chez les bouquinistes ou dans certaines officines spécialisées dans l'occasion.

FictionPubliée aux USA dans diverses revues, d'abord chez Gnome Press en 1958 sous le titre "Survivors" , puis chez Pyramid Books sous le titre "Space Prison", cette nouvelle serait une version plus étoffée de "Too soon to die", sortie d'abord dans le magazine Venture.

En France, elle est traduite et publiée dans la revue Fiction en juin 67: c'est une revue qui a une certaine tenue, à la fois dans la présentation et le choix des textes. Apparue en 53, et liée à "The Magazine of Fantasy and Science-Fiction", elle accueille d'emblée de jeunes espoirs Français comme Gerard Klein ou JP Andrevon, ou des auteurs plus confirmés comme Jean Ray.

Par contre, la revue "Galaxie" est ce qui ressemble le plus aux "Pulps Fiction" ;-) et se contente de publier des traductions venant du répertoire de la maison mère américaine.

La nouvelle maintenant: 43 pages, c'est court, pour une histoire qui s'étire sur 200 ans et quelque, c'est concis et pas du tout, vraiment pas du tout frivole.
On est ici dans le registre tragique, le destin de milliers de colons abandonnés sur la planète "de type terrestre" après une attaque surprise en dehors des "eaux territoriales", en période de guerre "froide", inaugurant peut-être même le conflit.

La planète se révèle peu amicale, avec une gravité plus forte que celle de la terre, un climat oscillant entre des hivers très rudes et des étés torrides, des fièvres malignes et des prédateurs dangereux. Le groupe de terriens, dans un dénuement à peu près total, fond à toute vitesse, le simple fait de survivre est déjà un exploit. Peu à peu, les nouvelles générations sont moins fragiles, s'adaptent et un équilibre s'établit avec les fauves qui ont appris à craindre ces nouveaux voisins.

C'est à ce moment que le leader du groupe décide, comme Cortes, de brûler ses vaisseaux: il va s'agir d'émettre un message vers la plus proche planète, située à quelques 200 années lumière: le compte à rebours est commencé, l'épreuve de vérité aura lieu au plus tard dans 200 ans, plus question de s'endormir dans un relatif confort, mais c'est la seule chance de quitter ce caillou au milieu de nulle part. Le groupe a désormais un but et prépare la revanche...

Bon, ce récit est efficace, mais plutôt décalé à notre époque. Pas de temps pour l'introspection ici, tout est au premier degré. Pas de place non plus pour accepter l'autre, la différence, c'est pas le genre. On peut aussi avoir des réserves sur un discours quasi belliciste et l'absence de recul. On est dans les préceptes bien carrés, comme "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort" ou "un bon indien est un indien mort".

Un extrait:

Defi_SF"Il va falloir du temps pour rallumer les feux. Nous avons des bébés et des petites enfants dont les fauves ont massacré les mères. Ils ont déjà froid, ils sont mouillés. Ils vont geler et mourront avant que les feux soient rallumés."

Prentiss désigna de la main les cadavres des carnassiers. "Ils sont chauds. Eventrez-les."

Cela vous rappelle peut-être quelque chose. G Lucas a une scène comparable dans Star Wars, et peut-être R Jordan  dans la Roue du Temps.

Malgré ses défauts, c'est un texte qui m'a fait une forte impression, c'est direct et violent comme une tragédie antique.